Tracking & mesure

Matomo ou Google Analytics : lequel choisir pour une PME ?

Les deux comptent vos visiteurs. La vraie différence tient au bandeau cookies, à la propriété des données et à ce que vous comptez faire de vos chiffres.

Maxime Casal10 min de lecture

L'essentiel

  • Matomo peut être utilisé sans bandeau cookies s'il est configuré selon les critères d'exemption de la CNIL. Google Analytics 4 ne le peut pas : il exige un consentement, donc un bandeau.
  • Sans bandeau, vous mesurez 100 % de vos visiteurs. Avec un bandeau, vous ne mesurez que ceux qui acceptent, soit souvent 50 à 70 % du trafic selon les sites.
  • Google Analytics 4 est gratuit, Matomo coûte environ 29 € par mois en version hébergée pour 50 000 pages vues, ou rien du tout si vous l'installez sur votre serveur.
  • Pour une PME dont l'objectif est de savoir d'où viennent ses demandes de contact, Matomo suffit largement. Google Analytics 4 reste le bon choix si vous faites de la publicité Google Ads.
  • L'exemption CNIL a un prix fonctionnel : elle impose de désactiver le journal des visites et les profils de visiteurs dans Matomo.

La question revient dans presque tous mes premiers appels avec une PME : faut-il rester sur Google Analytics ou passer à Matomo ? La plupart des articles qui y répondent comparent des listes de fonctionnalités. C'est le plus mauvais angle possible, parce que sur le périmètre qui intéresse une PME, les deux outils font la même chose.

Ce qui vous fera choisir l'un ou l'autre tient en trois points : le bandeau cookies, ce que vous voulez faire de vos données, et combien vous êtes prêt à payer pour elles. Le reste est du détail.

Sur le fond, les deux mesurent la même chose

Combien de visiteurs, d'où ils viennent, quelles pages ils lisent, combien remplissent votre formulaire. Matomo et Google Analytics 4 répondent tous les deux à ces questions, et aucun des deux ne les répond mieux que l'autre sur un site vitrine de PME.

Si vous cherchez « la fonctionnalité qui manque » d'un côté ou de l'autre, vous allez chercher longtemps. Les différences existent, mais elles concernent des usages que vous n'aurez pas : l'analyse de cohortes, l'export brut vers un entrepôt de données, l'attribution multi-touch sur douze mois de parcours.

Ce qu'il faut vraiment comparer

  • Le consentement : est-ce que je dois afficher un bandeau cookies ?
  • La propriété : où sont stockées mes données, et qui d'autre les exploite ?
  • Le coût réel : le prix affiché, plus le temps de configuration et de maintenance.

Le point qui décide vraiment : le bandeau cookies

La CNIL autorise la mesure d'audience sans recueillir le consentement de l'internaute, à condition que l'outil respecte des critères stricts. C'est ce qu'on appelle l'exemption de consentement, et c'est de loin l'argument le plus concret en faveur de Matomo.

Les critères, résumés :

  • La finalité est strictement limitée à la mesure d'audience de votre site, rien d'autre.
  • Les données produites sont anonymes et ne sont ni recoupées avec d'autres traitements, ni transmises à des tiers.
  • L'outil ne suit pas le visiteur d'un site à l'autre avec le même identifiant.
  • Le traceur vit 13 mois au maximum, et les données 25 mois au maximum.

Google Analytics 4 ne remplit pas ces critères, et ne peut pas les remplir : son modèle repose justement sur le recoupement des données avec l'écosystème publicitaire Google. Il exige donc un consentement explicite, donc un bandeau.

Matomo, lui, les remplit, à condition d'être configuré pour. La CNIL publie d'ailleurs un guide de configuration dédié à Matomo, ce qui est un signal assez clair.

Concrètement, qu'est-ce que ça change pour vous ?

Un visiteur qui refuse les cookies, ou qui ferme le bandeau sans répondre, n'est pas mesuré. Selon les secteurs, cela représente entre 30 et 50 % du trafic qui disparaît de vos rapports. Vous prenez alors des décisions sur une moitié de la réalité, sans savoir laquelle.

Sans bandeau, vous mesurez tout le monde, et vos chiffres redeviennent comparables d'un mois sur l'autre. Pour une PME qui reçoit trente demandes de contact par mois, la différence entre mesurer trente demandes et en mesurer dix-sept n'est pas cosmétique.

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Un tracking qui ne voit qu'une partie des visiteurs produit des courbes qu'on ne peut plus comparer d'un mois sur l'autre.

Ce que l'exemption vous coûte, et qu'on vous dit rarement

L'exemption n'est pas une case à cocher. Elle impose des renoncements fonctionnels réels dans Matomo, et autant les connaître avant de promettre à votre direction qu'on va « supprimer le bandeau » :

  • Le journal des visites et les profils de visiteurs doivent être désactivés. Vous perdez du même coup la carte des visiteurs en temps réel et la possibilité de suivre le parcours d'un visiteur précis.
  • L'identifiant utilisateur (User ID) ne doit pas être utilisé. Vous ne pouvez plus relier une visite à un compte client connecté.
  • La durée de conservation doit être plafonnée, ce qui limite les comparaisons sur plusieurs années.

Dans les faits, aucune PME que j'accompagne n'utilisait ces fonctions. Mais il faut le dire avant, pas après.

Ce que Google Analytics fait mieux

Deux choses, et elles sont réelles.

La publicité. Si vous dépensez sur Google Ads, Google Analytics 4 et Google Ads parlent la même langue. Les conversions remontent, les audiences se partagent, l'algorithme d'enchères apprend de vos données. Mesurer vos campagnes Google Ads avec Matomo, c'est possible, mais vous vous privez d'une partie de l'optimisation automatique.

L'écosystème. Tout le monde connaît l'interface, chaque agence sait l'exploiter, et l'export vers BigQuery est inclus. Si vous changez de prestataire tous les dix-huit mois, c'est un vrai argument.

Ce que Matomo fait mieux

Les données vous appartiennent. En version auto-hébergée, elles sont sur votre serveur, point. En version Cloud, elles sont hébergées en Europe et ne servent à personne d'autre qu'à vous. Google Analytics, lui, exploite vos données pour améliorer ses propres modèles publicitaires.

Pas d'échantillonnage ni de données modélisées. Google Analytics 4 estime une partie de ses chiffres quand le consentement manque. Matomo compte ce qu'il voit, et ne compte que ça. Quand un dirigeant vous demande d'où viennent ses vingt-trois demandes du mois, une donnée comptée vaut mieux qu'une donnée estimée.

Une interface qu'on comprend. Google Analytics 4 a rebuté beaucoup de dirigeants de PME depuis qu'il a remplacé Universal Analytics. Matomo ressemble à ce qu'Analytics était avant : des pages, des sources, des objectifs.

MatomoGoogle Analytics 4
Bandeau cookiesPas nécessaire si configuré pour l'exemptionObligatoire
Part du trafic mesurée100 %Seulement les visiteurs qui acceptent
PrixGratuit auto-hébergé, dès ~29 €/mois en CloudGratuit
Propriété des donnéesÀ vous, hébergement européenExploitées aussi par Google
Données estiméesNon, uniquement du mesuréOui, modélisation des conversions
Lien avec Google AdsLimitéNatif et complet
Prise en mainProche de l'ancien AnalyticsDéroutante pour un non-spécialiste

Le comparatif utile pour une PME, en sept lignes

Le prix réel, celui qu'on oublie de compter

Google Analytics 4 est gratuit. Matomo coûte environ 29 € par mois en Cloud pour 50 000 pages vues mensuelles, ce qui couvre confortablement un site vitrine de PME, et la facturation annuelle fait baisser ce montant. La version auto-hébergée est gratuite, mais vous devez avoir un serveur et quelqu'un pour le maintenir.

Sauf que le prix affiché n'est pas le coût. Dans les deux cas, ce qui coûte vraiment, c'est l'installation : décider ce qu'on mesure, poser les balises, vérifier que le formulaire remonte bien, construire l'objectif de conversion. Ce travail est le même sur Matomo et sur Google Analytics, et c'est lui qui fait la différence entre un outil qui sert et un outil qu'on n'ouvre jamais.

Un outil gratuit mal installé coûte plus cher qu'un outil payant bien installé. Il coûte des décisions prises à l'aveugle.

Un cas concret : un bijoutier toulousain

Un site vitrine WordPress, pas de vente en ligne, un objectif unique : savoir combien de demandes de contact arrivent et d'où viennent les visiteurs qui les envoient.

Le choix s'est porté sur Matomo Cloud, pour une raison simple : le client ne voulait pas de bandeau cookies sur un site de vingt pages, et ne faisait pas de publicité Google Ads. Les deux conditions qui rendent Google Analytics 4 pertinent étaient absentes.

Ce qui a été mis en place, entièrement depuis Google Tag Manager, sans toucher au site :

  • Les pages vues, avec une difficulté propre à ce site : les pages se chargent sans rechargement complet, donc les vues devaient être déclarées manuellement à chaque changement d'écran.
  • Les clics sortants, pour voir combien de visiteurs partent vers les réseaux sociaux de la marque.
  • Les envois du formulaire de contact, remontés comme un événement puis convertis en objectif Matomo.

Coût mensuel de l'outil : 22 € à la souscription. Temps d'installation : une demi-journée, plus une session de vérification. Et surtout, aucun bandeau cookies sur le site.

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google / cpc
value
150 €
consent
accordé
GA4 ✓Google Ads ✓Matomo ✓

Ce qu'on cherche à obtenir : des événements qui arrivent, nommés de la même façon d'un mois sur l'autre.

Trois questions pour trancher

  1. 01Est-ce que je fais de la publicité Google Ads ? Si oui, gardez Google Analytics 4, quitte à ajouter Matomo à côté. Si non, la principale raison de rester chez Google disparaît.
  2. 02Est-ce que le bandeau cookies me gêne ? Sur un site vitrine qui vit de sa crédibilité, un site sans bandeau se charge plus vite et se lit mieux. Et vous récupérez la totalité de vos statistiques.
  3. 03Qui va lire les chiffres ? Si c'est vous, dirigeant, et pas un analyste, l'interface de Matomo vous fera gagner du temps toutes les semaines.

Et si on gardait les deux ?

C'est une option valable, et je la mets en place régulièrement : Matomo en exemption pour le chiffre de référence, mesuré sur 100 % du trafic, et Google Analytics 4 derrière le consentement pour alimenter les campagnes publicitaires.

Le piège, dans ce cas, est prévisible : les deux outils afficheront des chiffres différents, et quelqu'un demandera lequel est le bon. La réponse doit être décidée à l'avance, écrite, et rappelée dans le dashboard. Sinon vous avez juste ajouté une source de doute.

Si vous hésitez encore, c'est probablement que la question n'est pas l'outil, mais ce que vous voulez mesurer. C'est par là qu'il faut commencer, et c'est exactement ce que je fais sur les missions de tracking et analytics.

Qui écrit

Maxime Casal, freelance à Toulouse

Trois ans en agence média, une vingtaine de clients accompagnés. J'installe des mesures qui tiennent et des tableaux de bord qu'on ouvre vraiment, pour des PME qui veulent savoir ce que leur marketing rapporte. Ce que j'écris ici vient de missions, pas de documentation recopiée.

FAQ

Les questions qu'on me pose sur ce sujet.

Les réponses courtes, écrites pour se suffire à elles-mêmes.

Vos données Google Analytics restent accessibles dans votre compte Google, mais elles ne sont pas transférées dans Matomo. La pratique la plus simple est de faire tourner les deux outils en parallèle pendant deux à trois mois, le temps de constituer un historique Matomo et de comprendre l'écart entre les deux séries de chiffres.

Non, l'installation de base est équivalente : une balise à poser, idéalement via Google Tag Manager. Ce qui prend du temps est identique dans les deux cas : définir les conversions à suivre et vérifier qu'elles remontent réellement. Comptez une demi-journée pour un site vitrine.

La version auto-hébergée est gratuite si vous disposez d'un serveur et de quelqu'un pour le maintenir. La version Cloud démarre autour de 29 € par mois pour 50 000 pages vues mensuelles, ce qui couvre largement un site vitrine, avec une réduction en facturation annuelle.

Gardez Google Analytics 4. Le lien natif entre Google Ads et Analytics alimente l'optimisation automatique des enchères, et vous en priver coûte plus cher que le bandeau cookies ne vous gêne. Vous pouvez ajouter Matomo à côté pour disposer d'un chiffre de référence mesuré sur la totalité du trafic.

Appel découverte

Trente minutes pour savoir où vous en êtes vraiment.

On regarde votre situation ensemble, et je vous dis franchement par quoi commencer. Même si ce n'est pas avec moi.

  • Pas de blabla commercial. On parle de votre cas.
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